Festival « Théâtre de l’Espoir » : Les détenus excellent et retrouvent leur dignité malgré les cicatrices

Projet: Performances d’un incarcéré

 

Le “Festival Théâtre de l’Espoir” a eu lieu  du 22 au 24 mars à Sfax et du 25 au 28 mars à Tunis. Il a été organisé par le projet « Performances d’un incarcéré » piloté par l’Association Roua pour la culture et les arts et soutenu par Tfanen – Tunisie Créative,  sous la Direction du Comité Général des Prisons et de la Rééducation et en partenariat avec le ministère des Affaires Culturelles.

Il affiche 29 pièces dont 19 produites dans le cadre du projet Performances d’un incarcéré .
118 incarcérés (57 hommes, 27 femmes et 34 mineurs) ont pris part à cette aventure artistique pour aboutir à ces productions théâtrales et ont eu l’opportunité de voir leur vie carcérale transformée grâce au 4ème art.

Les Ministres de la Justice, de la Culture et de la jeunesse et de l’Intégration professionnelle ont honoré de leur présence la cérémonie de clôture qui a eu lieu le 28 mars 2021 au Centre culturel et sportif de Menzah 6 et ont distribué les trophées, lors d’une journée exceptionnelle à tous les niveaux.

Les spectacles ont été présentés devant une salle comble où sont réunis à la fois les familles, les détenus-comédiens, détenus-spectateurs, ainsi que tous les corps de métiers du personnel pénitentiaire qui avaient supervisé le bon déroulement des répétitions.

Cette édition est marquée par la performance des détenus, qui grâce à leur fureur de vivre, réinventent le théâtre, le menant vers des dimensions méconnues. Le côté inédit de cette théâtralisation fait que les comédiens jouent leur vie. Théâtre du vivant. Ce n’est pas une fiction jouée par des acteurs, mais une réalité romancée, jouée par les protagonistes eux-mêmes sous formes de paraboles.

Les comédiens sont comme des Apollons venant se purifier et cherchant une guérison grâce à l’art. Les familles et les co-détenus sont touchés par ces effets purificateurs.

Six mois de répétitions, pour faire leur baptême de la scène. Une maîtrise artistique de l’espace digne de professionnels. Ils ont osé la scène et ont réussi le challenge.

Les applaudissements et une effusion de joie avaient régné dans la salle lors de la remise des distinctions aux différentes parties prenantes. Le premier honoré, le porteur de projet, Zied Ghenania, une reconnaissance et une consécration de tous ses efforts.

Le principal comédien de la pièce “Kharif”  a obtenu le Prix de la meilleure interprétation.  L’oeuvre a été jouée par l’équipe des résidents du centre Pénitentiaire de Borj El Amri et  réalisée par Houda Lamouchi, une pièce hors norme. Pris dans le jeu, le théâtre fusionne entre la scène et la partie sombre des spectateurs tous sont pris dans le tourbillon dramaturgique une exception qui n’est possible qu’au théâtre.  Sans frontières, les milieux s’interfèrent, un happening vient là spontanément sans préparation. Un moment unique.

Houda Lammouchi, metteur en scène de la pièce « Kharif » et un comédien

Pour une mère appelée sur le podium pour une photo souvenir avec son fils qui entre larmes de joie et de tristesse ne peut s’empêcher de clamer : « c’est la première fois que je vois mon fils ainsi, c’est un acteur. » Ce changement de statut effacera l’étiquette de délinquant.

tfanen