Table ronde « Ness El Médina » : A la rencontre du patrimoine humain de la Médina de Tunis

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Le projet « Rihla w Knouz » (Voyage et Trésors) piloté par l’entreprise « Dar Ben Gacem » a organisé, le 6 février 2021, une table ronde intitulée « Ness El Médina » (Les gens de la Médina). Le but était de se remémorer les communautés qui ont vécu à la Médina de Tunis et qui ont fait son histoire.

6 connaisseurs et passionnés de la Médina de Tunis étaient au rendez-vous. Nommons :

  • Dalenda Larguech, professeur universitaire et historienne
  • Abdelhamid Larguech, professeur d’histoire et ex-directeur général du patrimoine au ministère des Affaires Culturelles
  • Afef Mbarek, enseignante et chercheur à la faculté de lettres de la Manouba
  • Jamel Eddine Ben Saidane (Wild Tunis), photographe et activiste œuvrant pour la promotion de la Médina
  • Houssem Eddine Chachia, maître-assistant à l’université de Sfax (département de l’Histoire)
  • Sihem El Amine, architecte

Grâce aux récits des experts, la table ronde était une véritable machine à remonter le temps.

Nous voilà partis à la rencontre des hommes mais aussi des femmes de la Médina. En effet, la gent féminine a laissé sa trace dans ce lieu historique et ce, malgré son invisibilisation dans une société très patriarchale. C’est ce qu’a souligné l’historienne, Dalenda Larguech. Les femmes ont contribué à l’essor économique de la cité en confectionnant des tapis et faisaient des broderies pour les vendre par la suite. Certaines d’entre elles ont également montré un courage exceptionnel. Elles ont dit non à la soumission. Elles refusaient les abus de leurs maris même si elles risquaient d’être envoyées à Dar Joued (une « prison » pour les femmes désobéissantes. Ce système carcéral a été aboli par Habib Bourguiba).

Nous nous sommes aussi retrouvés au 17ème siècle au temps de la venue de la communauté des morisques (andalous musulmans). Ces derniers avaient trouvé refuge aux mausolées de la médina de Tunis suite à leur expulsion de l’Espagne.

Ici, le professeur, Houssem Eddine Chachia, a dénoté du savoir-faire apporté par les morisques : la composition musicale du Malouf, la préparation du Kaâk Warka et la fabrication de la chéchia.

A ce propos, le professeur Abdelhamid Larguech a ajouté que la production de la chéchia a prospéré à cette époque. Au 18ème siècle, elle s’exportait à l’ensemble de l’espace méditerranéen si bien que certains historiens avaient appelé la Médina de Tunis : le Shangai de la méditerranée.

Après un aperçu sur les 17ème et 18ème siècles, nous voilà remontant encore plus le temps jusqu’au 11ème siècle. En fait, cette période a marqué l’arrivée des juifs. Cette communauté avait trouvé refuge à la Médina, après avoir été chassé de l’Europe. Un esprit de partage, de l’entraide et de la tolérance régnait entre les différentes communautés. Par exemple, les femmes musulmanes aidaient les filles juives refusant que leurs pères les marient de force à se cacher dans les mausolées.

Les juifs s’étaient installés à la Hara (quartier juif à la Médina de Tunis). Ils étaient connus par le commerce des montres. Ils avaient aussi ouvert des gargotes, comme a dit le chercheur Afef Mbarek. Malheureusement, la Hara était aussi le foyer de plusieurs épidémies à cause de la surpopulation : un espace réduit où habitaient plusieurs familles juives, selon le professeur Abdelhamid Larguech.

Ces lieux aux multiples mémoires sont jusqu’à, aujourd’hui, chers aux yeux de l’ancienne mais aussi de la nouvelle génération s’activent pour préserver et promouvoir ces lieux. Il va sans dire que les nouvelles technologies sont d’une grande aide. C’est ce dont a témoigné Jamel Eddine Ben Saidane , jeune activiste, amoureux de la Médina. Ce jeune homme partage sa passion notamment via son compte Instagram @WildTunis où on peut y découvrir mille et un endroits à la Médina.

Cette table ronde organisée par Dar Ben Gacem a ravivé les différentes couleurs de la Médina de Tunis à travers les personnes qui y ont vécu. Au 21ème siècle, on peut toujours les voir rien qu’en se promenant dans les coins et recoins de ces lieux symboliques. Comme a dit l’architecte, Sihem El Amine « Le tissu urbain de la Médina de la Tunis est le miroir de ce tissu social. ».

vidéo youtube : https://www.youtube.com/watch?v=W_AaRL3C-Xs&ab_channel=DarBenGacem

tfanen