Lab interculturel digital euro-tunisien : L’expérience de Tfanen en point de mire

Près de soixante participants ont pris part aux travaux du premier Lab interculturel digital euro-tunisien dont l’objectif est de tirer des leçons et d’inspirer les futurs projets de l’Union européenne (UE) et la mise en œuvre de ses programmes de relations culturelles internationales à partir de l’expérience de Tfanen – Tunisie Créative.

Dans son mot d’ouverture, Houssem Belhadj, modérateur du Lab interculturel euro-tunisien, a défini l’esprit  de ce concept innovant qui consiste à réunir les décideurs, des acteurs culturels tunisiens, des représentants des projets bénéficiaires de Tfanen (société civile, secteur privé, institutions publiques, artistes…), de l’équipe de Tfanen, du ministère des Affaires culturelles tunisien et des institutions culturelles européennes (Eeas, DG Devco, Eunic Global, Eacea, Unseco…), autour du voyage d’apprentissage de Tfanen en tant que projet culturel pionnier de l’UE, dans un espace digital interactif. Il a invité les participants à tirer les enseignements généraux et à les partager avec les acteurs culturels et porteurs de projets européens  à partir de l’expérience de Tfanen.

Dans son mot d’ouverture, Bilel Aboudi (responsable du Pact au niveau du ministère des affaires culturelles), a indiqué que le projet Tfanen a donné des atouts aux acteurs culturels tunisiens  qui ont intégré la culture dans le développement social. Il a exhorté les participants à livrer leurs enseignements et recommandations qui serviront à guider la continuité de ce programme.

Pour sa part, M. Robert Ness (directeur du British Council Tunisia) a souligné que Tfanen est un projet spécial travaillant avec des partenaires spéciaux. Pour lui, Tfanen est un projet expérimental et un engagement unique de l’Union européenne qui soutient pour la première fois le secteur culturel tunisien. « Si le bilan du projet est positif, on doit déterminer à travers ce lab ce qui en fait un succès », a-t-il indiqué.

A cet effet, il a ajouté que Tfanen est une responsabilité qui pousse le British Council à être toujours en alerte et pousse l’équipe à penser stratégiquement.

Dans le même sillage, M. Damien Helly (Team Leader du projet Tfanen), a rappelé que ce lab se tient pour faire le point sur l’évolution du projet. « L’objectif est de connecter les acteurs culturels tunisiens et européens autour des messages communs », a-t-il affirmé. A travers cette rencontre, nous voulons aussi donner l’occasion aux Européens de voir une autre génération de facilitateurs tunisiens », a-t-il enchaîné.

Les participants ont été répartis dans cinq ateliers ayant pour thèmes des problématiques culturelles innovantes, en l’occurrence l’accès à la culture dans les zones défavorisées, comment drainer des publics marginalisés, comment encourager la création émergente des jeunes artistes ? Comment renforcer des partenariats public-privé dans le secteur culturel ? La professionnalisation des acteurs culturels et quels rôles pour la coopération internationale dans le soutien des politiques culturelles ?

Des discussions riches et des interventions de qualité ont marqué les travaux des cinq groupes portant sur les bonnes pratiques pour les challenges relevés sur la base de l’expérience tunisienne et celles d’autres pays/régions et qui ont été couronnées par une série de recommandations à même de baliser la voie aux futurs programmes de coopération.

A cet effet, les participants ont été unanimes à reconnaître un manque d’acteurs culturels dans les zones défavorisées, une non implication des pouvoirs locaux et l’existence des freins logistiques tels que le transport, les dispositifs technologiques qui rendent difficile l’accès à la culture.

Une ambiguïté et un manque de clarté au niveau des rôles des différents acteurs dans les régions, ont été aussi relevés, ce qui complique les éventuelles collaborations culturelles. Ils ont déploré l’absence de partenariat public-privé et que parfois les différents acteurs, au lieu de collaborer,  se voient en compétition.

Une absence de données fiables sur les métiers de la culture et un manque de diagnostic sur la chaîne des métiers culturels et les besoins en formation ont été pointés du doigt.

De ce fait, les défis relevés portent sur la définition des cultures par la pratique locale, la promotion de l’intégration sociale par le biais de la culture. Il y a lieu aussi de noter une rupture de confiance et une absence de communication entre les institutions culturelles publiques.

La méconnaissance des publics et le manque de passerelles avec le domaine technologique et digital sont aussi à l’origine de la désaffection  des jeunes des ateliers culturels.

Pour pallier cette situation et faire entrer la dynamique culturelle dans un cercle plus vertueux, les participants ont recommandé une meilleure valorisation des projets qui impliquent les personnes vulnérables, d’assurer une gouvernance culturelle participative et de faciliter le partage des informations entre les différents acteurs de l’écosystème culturel. Ils ont recommandé la mise en place d’incitations pour assurer le PPP, de mieux communiquer sur les rôles des différents acteurs, de clarifier qui fait quoi dans les projets, de créer des passerelles avec les établissements d’enseignement, de développer des communautés et de créer des synergies entre les projets, de s’appuyer sur les success stories pour séduire davantage de porteurs de projets, de trouver de nouveaux mécanismes d’appui et de soutien et d’organiser des formations et des conférences en ligne au profit des acteurs culturels.

Le grand cru des résultats de ce lab, entre diagnostics, bonnes pratiques, défis et recommandations, sera présenté le 3 décembre lors du webinaire de dialogue international sur le thème « Culture et changement sociétal dans la coopération internationale de l’UE : leçons apprises de Tfanen-Tunisie Créative ».

 

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